L’UPJV malade du libéralisme

Alors que Macron s’apprête à faire franchir une nouvelle étape à la privatisation des facs, les conséquences des réformes universitaires de ces dix dernières années se font bien sentir en Picardie. En fait, les deux vont ensemble. C’est parce que l’université française a été placée dans un état déplorable – par les libéraux de l’UMP et du PS – que les libéraux de LREM peuvent aujourd’hui tenter d’en finir avec le service public de l’enseignement supérieur. Il faut dire que l’éducation est un marché juteux pour les grands patrons amis de Sarkozy, de Hollande et de Macron. Aux USA, c’est même le premier marché du pays : l’ensemble des parents s’endettent pour espérer un jour envoyer leurs rejetons dans des facs dont les frais d’inscriptions annuels sont compris en 15 000 et 50 000 $.

Quelle est, donc, la situation de l’UPJV en cette rentrée ? Celle d’une fac qui n’a plus, comme d’autres avant elle et certainement beaucoup après elle, les moyens de vivre. Après avoir entériné les réformes LMD (autonomie pédagogique des universités, 2003) et LRU (autonomie de gestion des universités, 2007), les gouvernements successifs ont doucement fermé les robinets financiers en direction des facs, avec des budgets augmentant moins que l’inflation. Tout ça pendant que le nombre d’étudiants augmentait partout sensiblement : à l’UPJV, il est ainsi passé de 25 000 à 30 000 ces 5 dernières années. Le résultat pour 2018 ? Un gel des recrutements (toutes catégories de personnels confondus), des coupes de 30% environ dans les enseignements dispensés, et un trou budgétaire de quelques millions d’euros.

Pourtant, les dépenses à l’UPJV ont été maigres ces dernières années. La part d’enseignements assurés par des précaires a bien augmenté, au point que nombre d’entre eux dénoncent aujourd’hui collectivement leur situation intenable (cf. ci dessous). Les locaux délabrés du Campus ne suffisent plus à accueillir le nombre trop important d’étudiants, si bien que chaque début de semestre se ressemble : course aux salles disponibles, étudiants assis par terre faute de place, cours de TD supprimés et jamais rattrapés… Dans les scolarités des Unités de Formation et de Recherche (UFR), les arrêts maladies dus aux surcharges de travail se multiplient. Les enseignants assurent quant à eux des tâches administratives par manque de postes de personnels BIATSS, et courent après les contrats de financements pour avoir les moyens de continuer – malgré tout – à faire de la recherche.

Face à l’afflux d’étudiant-e-s à moyens constants, la solution toute trouvée du gouvernement Valls a été une forme de sélection absurde : le tirage au sort. Évidemment, cette situation était transitoire, et devait durer juste le temps qu’il fallait pour la rendre insupportable. Qui peut accepter que son avenir soit « tiré au sort » ? La perspective réelle, dans les tiroirs du Ministère depuis plus d’une décennie, peut maintenant être avancée en toute sérénité : une sélection en bonne et due forme, « sur dossier ». Outre le fait qu’il s’agit d’en finir avec le principe républicain de libre accès à l’enseignement supérieur (la loi Vidal modifie d’ailleurs les articles D 612-3 et D 612-9 du code de l’éducation en conséquence), on sait que ce type de sélection sera avant tout une sélection sociale. Il s’agit, en somme, d’éjecter hors de l’université une population qui y est entrée de force, après les poussées sociales de 1968 relayées par la gauche au pouvoir.

Dans ce contexte idéologique, et surtout au vu de la situation financière désastreuse des universités, il y a fort à parier que le prochain et dernier verrou à la libéralisation complète des universités – la possibilité pour les universités de fixer librement le niveau de leurs frais d’inscriptions – sera forcé avant la fin du quinquennat de Macron. En attendant, la surcharge de travail pour les personnels qui sera générée par la lourde procédure de sélection prévue par la loi devrait certainement empirer la situation dans l’ensemble des facs. Dans les universités, et pour l’avenir du service public, c’est maintenant quitte ou double : il ne faut pas oublier que, une année avant 1968, De Gaulle confiait à son ministre de l’enseignement supérieur la mission de « faire passer » l’orientation et la sélection à l’entrée de l’université. On sait ce qu’il en a été…

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