Législatives : les coulisses de la gauche samarienne

Tout bouge à gauche. Il n’est pas simple de s’y retrouver. Alors Ensemble 80 se propose d’expliquer la situation. Pourquoi nous ? Parce qu’on était dans toutes les discussions et qu’on ne présente pas de candidat-e aux élections législatives. On a donc les informations et le recul nécessaires. Et puis parce qu’on pense que la politique ça se pratique de manière transparente. Donc on vous raconte tout. C’est parti !

D’abord, revenons quelques mois en arrière.

Printemps 2016

Il y a la loi Travail, une grande bataille contre la régression sociale. Manuel Valls (Parti socialiste) passe en force avec le 49.3, de nombreux militants sont condamnés par la justice suite à des manifestations.

Du côté électoral, Jean-Luc Mélenchon prend tout le monde de court. Il crée la France insoumise (FI) tout seul, sans en parler à ceux qui sont ses alliés depuis 2009 et qui formaient ensemble le Front de gauche [Parti communiste français (PCF), Ensemble] Jean-Luc Mélenchon enterre à ce moment là ce Front de gauche qui n’allait déjà plus très bien.

Été 2016

Les discussions sont au point mort entre la FI, le PCF, Ensemble et Europe-Ecologie-Les-Verts au niveau national comme au niveau du département de la Somme.

La France insoumise appelle toutes les forces de gauche à entrer en son sein, ce qui signifie se soumettre à son hégémonie.

De son côté, le PCF ne sait pas sur quel pied danser : tantôt proche de s’allier avec le PS, tantôt s’en écartant. Quant aux écolos d’EELV, ils sont totalement divisés, à Amiens comme ailleurs.

Automne 2016

François Ruffin lance l’idée de sa candidature dans la première circonscription de la Somme. Une seule condition : pouvoir unir toutes les forces à gauche du PS. Immédiatement, Ensemble 80 apporte son soutien à François Ruffin et – autant en profiter ! – appelle au même type d’union partout ailleurs.

De leurs côtés, EELV, puis le PCF, puis la FI valident la proposition de François Ruffin. Plus ou moins facilement. Mais ils valident, c’est l’essentiel. En revanche, rien sur les autres circonscriptions.

Du coup, Ensemble 80 appelle toutes les forces qui soutiennent François Ruffin à discuter sérieusement de candidatures communes partout. Plusieurs réunions parviennent à rassembler le PCF, Ensemble 80 et quelques Insoumis. EELV se déclare « intéressé »… mais ne vient jamais. La France Insoumise explique que le temps des législatives n’est pas arrivé, et que l’heure est à la présidentielle jusqu’au mois d’avril.

Janvier 2017

La France insoumise, organisée en « groupes d’appui » par circonscription, procède à la désignation de ses candidats aux législatives.

Nationalement, Ensemble puis le PCF soutiennent la candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle mais n’intègrent pas la France insoumise : malgré les propositions d’Ensemble au niveau national pour faire que la charte commune soit acceptable pour tous, celles-ci sont refusées par la FI.

Dans la Somme, le PCF et Ensemble 80 commencent à discuter d’une représentation commune. Mais Ensemble 80 ne veut pas partir en campagne sans avoir tout tenté pour obtenir des candidatures communes avec la France insoumise et éventuellement EELV.

Mars 2017

Surprise ! Le PCF rompt les discussions avec Ensemble 80. Nos demandes sont devenues « inacceptables ». Nos demandes ? Celles de discuter avec toutes les forces de gauche et de proposer des candidatures communes (dont une candidature provenant d’Ensemble 80 sur l’une des cinq circonscriptions de la Somme). Là, on a été un peu surpris (on a compris après !).

Côté Mélenchon, c’est toujours la France insoumise ou rien. Bref, pas d’amélioration en vue. Et la France insoumise locale ne veut toujours pas nous rencontrer (sauf si l’on accepte de rentrer individuellement dans la FI, donc de se faire hara kiri en tant qu’organisation)

Mais comme à Ensemble 80 on ne lâche rien (on a du mérite, non ?), on lance un appel « Nous sommes la gauche debout » appelant à la raison et au rassemblement, et rappelant que sans unité personne ne gagne. L’appel est signé par quelques 150 citoyens, engagés à Ensemble 80, à la FI, au PCF, à EELV, au PS, des syndicalistes, universitaires et militants associatifs samariens.

Avril 2017

Sur la base de l’appel, Ensemble 80 et la majorité des groupes d’appui de la France Insoumise d’Amiens donnent une conférence de presse appelant les responsables départementaux de la FI et du PCF à la raison. Dans la mesure où la majorité des militants de la FI à Amiens sont de notre côté, on y croit un peu !

Suite à l’appel « Nous sommes la gauche debout », Ensemble 80 est interpelé par le PS local (dirigé par son aile gauche qui s’était positionnée contre la loi Travail) pour une rencontre. Evidemment, on y va (nous on discute avec tout le monde). Là se révèlent toutes les ambiguïtés du PS : ils soutiennent la candidature de Pascale Boistard, membre du gouvernement Valls, soutien de la loi Travail, contre celle de François Ruffin. Évidemment, on n’est pas d’accord. En ce qui concerne les autres circonscriptions, le PS se dit prêt à toutes les hypothèses, l’éclatement du parti étant (déjà) perçu comme imminent.

Premier tour de l’élection présidentielle. Benoît Hamon coule. Le score de Jean-Luc Mélenchon est un vrai succès, mais un succès insuffisant : il manque 1,73 point (soit 620 212 voix) pour être au second tour à la place de Marine Le Pen.

Mai 2017

Lors de la manifestation du 1er mai, tout semble ouvert. La responsable locale d’EELV se dit prête à des candidatures d’union partout, à l’image de ce qui se fait dans la 1ère circonscription de la Somme, ainsi que des militants de la gauche du PS. Des responsables départementaux de la FI montrent des signes d’ouverture et organisent en leur sein un débat sur l’unité. Ensemble 80 initie donc une nouvelle réunion unitaire le 3 mai au soir.

Contre le FN, Ensemble 80 appelle justement ce même 3 mai à une manifestation unitaire. C’est un succès ! Le PS, le PCF, EELV, la FI et les forces syndicales et associatives ont rejoint l’initiative. Le soir, juste après la manifestation, une rencontre a lieu entre Ensemble 80, le PS, le PCF, EELV, les candidats FI de la 80-04 et les responsables des groupes d’appui amiénois de la FI.

Sauf que… juste avant la réunion, le PS, le PCF et EELV (qui sont allés chercher le PRG pour l’occasion) annoncent leur alliance sur les réseaux sociaux. Un accord de répartition des circonscriptions est déjà prêt (à l’exception de la 80-01). En réalité, ils discutaient parallèlement depuis plusieurs semaines.

De son côté, l’appareil départemental de la FI – qui n’a pas souhaité venir à cette rencontre unitaire mais a proposé une rencontre avec Ensemble 80 – nous explique finalement que rien n’est changeable, toutes les discussions étant nationales et leurs candidats étant désormais désignés depuis février.

Par ailleurs, la France insoumise se sépare de ses soutiens amiénois qui souhaitent dépasser le cadre de la FI afin de construire l’unité. Comment ? En fermant leur compte sur la plateforme internet nationale de la France insoumise !

Et maintenant ?

Les façons de faire de la politique « à la papa » l’ont pour l’instant emporté. Le renouvellement générationnel ? Le fond politique avant les intérêts d’appareils ? Ça sera pour une prochaine fois ! Dans ces conditions, on a bien été tenté de déposer des candidatures supplémentaires en guise de représailles, mais comme ça ne va pas dans le sens de l’intérêt de notre camp social, on s’est retenu (ça nous perdra).

Pour les législatives, Ensemble 80 soutient donc la candidature de François Ruffin et Zoé Desbureaux sur la 80-01. Nous soutenons aussi le duo Hertout/Vincent dans la 80-04. Car cette candidature, portée par la France Insoumise, a engagé la discussion avec l’ensemble des forces locales de la gauche du PS aux camarades du PCF en passant par Ensemble 80, et ce sur la base d’un programme de rupture. Les candidats ont également alerté le national de la FI sur la nécessité de trouver les conditions acceptables de l’unité, car si l’unité est un combat, c’est elle qui permet de gagner tous les autres combats.

Partout ailleurs, nous appelons à battre les candidats de Le Pen, de Macron, de LR/UDI et évidemment tous les candidats qui ont soutenu le gouvernement Hollande et la loi Travail. Et à créer les conditions du rassemblement des forces pour combattre le programme clairement annoncé du nouveau Président.

La reconstruction de la gauche ne s’arrête pas là. Il va falloir opérer le renouvellement générationnel, et celui des pratiques avec lui (car les pratiques ne changeront que si on change les gens). Pour ça, on poursuit la bataille pour construire à la fois l’unité et Ensemble 80, en continuant à travailler avec toutes les bonnes volontés, avec toutes celles et tous ceux qu’on a croisés dans le mouvement contre la loi Travail, à la Marche pour la dignité ou encore dans la préparation et la campagne de ces élections. Et on espère bien qu’on sera nombreux et nombreuses pour contrer toutes les ordonnances de casse du droit de travail de notre nouveau Président !

On vous donne un premier rendez-vous : le mardi 13 juin à partir de 19h, à Amiens – date du collectif militant d’Ensemble 80 dont le lieu et l’horaire seront indiqués sur www.ensemble80.fr

2 Comments

  1. Foutage de gueule t’avestir la situation politique locale à celle des accords entre le PCF et fi cela n est digne d une madame sans gêne

  2. Ouais. Ben c’est pour ça que dans ma circo (la 3), je glissera quand même un bulletin Ruffin dans l’urne (que j’aurai piqué dans le bureau de vote des voisins). Je sature.

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