Automotive : la faute à « pas de chance » ou la conséquence de choix politiques ?

« L’usine Automotive liquidée à Amiens » : voilà le titre du Courrier Picard du 13 octobre 2017. Les superstitieux-ses y verront peut-être un coup du destin (le 13 octobre étant un vendredi), mais nous y voyons quant à nous la conséquence de choix politiques. « Automotive, vers la liquidation ? », titrait notre site il y a six mois : nous connaissons maintenant la réponse.

 

 

C’est une cinquantaine de salarié-e-s, pour la plupart ouvrières de plus de 50 ans, qui sont sans travail depuis lundi. Pourtant, comme ne cessent de le répéter les délégué-e-s syndicaux-ales de l’usine, leur savoir-faire était réputé, tout comme « leur professionnalisme ». Les travailleurs-ses de l’usine produisaient en effet des compteurs et des cadrans pour automobiles pour le compte de grandes marques (Porshe, Ferrari). Mais ils-elles produisaient surtout pour le compte du groupe Magneti-Marelli, société italienne créée en 1919 et dont l’actionnaire principal est le groupe Fiat. C’est la fin des commandes de Magnetti-Marelli à Automotive qui déclenche la mise en liquidation de l’usine.

 

La faute à pas de chance ? Pas sûr. L’histoire de cette société est intéressante. Magneti-Marelli possède en effet jusqu’en 2001 une usine à Amiens, qui a employé jusqu’à 1000 salarié-e-s dans le quartier Renancourt. Lorsque l’usine ferme, et que ses 500 salarié-e-s sont licencié-e-s, Magnetti-Marelli laisse en activité une filiale, Automotive, qu’il va malgré tout revendre pour en devenir le principal client. Le client qui « fait défaut » à l’usine aujourd’hui, c’est donc son ancien patron ! Dont on apprend par ailleurs qu’il n’est nullement impacté par « la crise » (ses carnets de commande et ses profits vont bien), mais qu’il estime par contre le « coût du travail » trop cher de manière générale. D’ailleurs, il le dit publiquement et menace de licencier 225 personnes dans ses usines actuelles si les salarié-e-s n’acceptent pas une baisse de salaires. On peut donc imaginer que Magnetti-Marelli préfère aujourd’hui à Automotive des sous-traitants employant aussi une main d’œuvre moins chère, puisque l’usine qui produira désormais ses composants automobiles est installée en République Tchèque.

 

On s’est habitués depuis plusieurs décennies au refrain de l’usine qui ferme la semaine prochaine. Un refrain qui cache pourtant une violence inouïe : celles d’ouvriers-ères qui se retrouvent du jour au lendemain, après des années de travail grâce auxquelles les usines ont fait des profits, devant les portes définitivement fermées de l’usine. C’est hélas un refrain bien connu en Picardie, des usines Saint Frères à Automotive en passant par Goodyear, Continental ou Whirlpool, mais aussi dans de nombreux territoires de l’hexagone. Et ce n’est pas Free, Lidl ou Amazon qui les remplaceront… Cette situation est la conséquence de choix politiques. La banalisation des fermetures d’usine et du licenciement est inacceptable !

Tou-te-s les salarié-e-s, quelle que soit leur qualification, sont confronté-e-s aux nouvelles logiques économiques qui jonglent avec les fermetures, les délocalisations, les restructurations pour une rentabilité financière que prône le gouvernement en place et qui se fiche des individus. Un gouvernement défendant les intérêts des salarié-e-s et non des patrons devrait interdire les licenciements dans les entreprises qui font du profit. Un tel gouvernement devrait également limiter la sous-traitance à outrance, car celle-ci permet aux patrons de se cacher derrière une multitude de sociétés-écrans pour faire ensuite passer leurs délocalisations pour des épuisements de carnets de commande. Un tel gouvernement enfin devrait développer un marché intérieur de coopératives ouvrières, en encourageant et en soutenant les reprises d’usines, qui ferment, par les travailleurs-ses.

Oui, une autre société est possible, à condition de nous donner le pouvoir de la construire !

 

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